À l’Action fouronnaise, Renaud Wynants travaille en voisin

Depuis une dizaine de jours, Renaud Wynants a pris ses quartiers au Centre culturel et sportif de Fouron-Saint-Martin: c’est lui qui a été désigné pour succéder à Bernard Liégeois, en qualité de permanent de l’Action fouronnaise et de responsable – «je préfère ce mot à celui de directeur», sourit-il – du Centre sportif.

À bientôt 41 ans, l’homme se retrouve en terre connue: il habite à une centaine de mètres à peine de son nouveau bureau, avec sa compagne et ses trois enfants, deux d’un premier mariage, et «une petite dernière, âgée de onze mois».

Il y a seize ans, candidat aux élections communales, sur la liste Retour à Liège, il avait récolté 273 suffrages: pas assez pour siéger. En 2018, non plus, ses 188 voix ne lui ont pas valu de mandat.

À ceux qui ne connaissent pas son prénom, son nom de famille peut vouloir dire quelque chose, car la famille Wynants est mêlée de longue date, cf. ci-dessous, à la lutte des Fouronnais pour le maintien de leurs six villages dans la province de Liège, puis pour la défense de leurs droits. Le nouveau permanent de l’Action fouronnaise n’a en tout cas jusqu’à présent pas noté de changement dans ses relations avec qui que ce soit.

«En fait, je découvre plus en profondeur les Fouronnais, à commencer par mes nouveaux collègues, même si je travaille avec ma voisine; ou les bénévoles qui organisent les manifestations. Et petit à petit, je vais élargir», confie-t-il. Surprenant? «Je n’étais pas forcément de toutes les activités dans les autres villages».

«Je ni’maginais pas que Bernard Liégeois atteignait l’âge de la retraite», explique Renaud Wynants

Il faut dire que la carrière de Renaud Wynants, jusqu’ici, a été fort remplie.

Diplômé en Administration des Affaires des Hautes Études Commerciales (HEC) – «intégrées à l’université de Liège quand j’achevais mes études: la première fois où je suis entré dans le bâtiment de l’université, place du XX Août, c’était… pour aller chercher mon diplôme»– il a découvert la logistique au fil de ses différents emplois: chez Techspace Aero, chez ArcelorMittal, à la cidrerie Stassen, puis à Logistics Wallonia, un des pôles de développement du plan Marshall pour la Wallonie.

Sa carrière prend un nouveau tournant, avec deux années d’enseignement à Sainte-Véronique, à Liège, puis le voilà candidat à la succession de Bernard Liégeois. «Un peu par hasard, car Bernard est quelqu’un sinon d’immortel, en tout cas « d’intemporel »: je n’imaginais pas qu’il atteignait l’âge de la retraite».

Le défi l’a intéressé, car, explique Renaud Wynants, c’est un travail «utile sur le plan social et sur le plan sociétal».

Il entre dans la fonction dans des conditions idéales, «parce que Bernard (Liégeois) avait réglé toute une série de problèmes avant de partir à la retraite». Mais il s’est déjà rendu compte, comme son prédécesseur, que le métier est varié: «cela peut aller de la protection des écoliers qui traverses la rue, un panneau à la main, le matin, à une démarche dans un cabinet ministériel l’après-midi».

Pour faire acte de candidature, il a présenté sa vision de l’avenir. «Pour une bonne part dans la continuité de ce que mon prédécesseur a construit pendant trente-six ans, et qu’il importe de conserver. Mais je ne suis pas un immobiliste, et il y a deux dossiers sur lesquels je souhaite avancer: le développement de la ferme pédagogique de Fouron-Saint-Martin, et la création du lotissement prévu dans le même coin».

Le développement de la ferme, Renaud Wynants le situe en parallèle avec l’essor de l’école francophone de Fourons: «combien d’écoles de la région peuvent-elles s’appuyer ainsi sur une ferme? C’est un élément unique, qui peut être utilisé pour augmenter l’attractivité de notre école francophone. À Sainte-Véronique, j’ai pu constater les effets bénéfiques de l’immersion en anglais et des humanités sportives sur lesquelles l’institut a bâti son essor. Je rêve d’attirer plus d’enfants vers notre école, grâce à la ferme. Pourquoi pas voir arriver des enfants des villages voisins, puisque des jeunes écoliers fouronnais fréquentent des écoles de ces villages? Et si de nouveaux habitants francophones inscrivent leurs enfants à l’école provinciale flamande de Fouron-le-Comte, pour les immerger dans un environnement néerlandophone, pourquoi ne pas imaginer aussi que des écoliers flamands fassent de l’immersion francophone dans notre école?».

S’il se réjouit de voir «que la prochaine rentrée scolaire sera meilleure que celle de l’année dernière», il note au passage «qu’une petite Flamande sera accueillie dans notre école». Une première concrétisation de la perspective énoncée?

Le nouveau permanent de l’Action fouronnaise affiche une belle ambition, lui qui ne se déclare que bilingue… français-anglais. «Je suis un enfant des années 1980», explique-t-il, «et même si mon père, et mon oncle, Armel Wynants, parlaient tous deux le patois et le néerlandais, chez nous, on n’a pratiqué que le français. J’ai par contre une connaissance passive, plus du néerlandais que du patois».

Mais comme son prédécesseur, c’est sans doute surtout avec le pouvoir subsidiant de la Fédération Wallonie-Bruxelles que Renaud Wynants devra négocier, pour maintenir les subsides octroyés, voire récupérer celui dont la bibliothèque a été privée. Son avantage, c’est que son boulot au sein de Logistics Wallonia l’a rompu à la négociation difficile des subsides à décrocher.

«Surtout, plus nous serons efficaces, au niveau scolaire, mais aussi de la bibliothèque qui n’a pas un rayonnement que local, plus nous aurons de chances d’être entendus», professe-t-il.

La période de rodage (bientôt) terminée, Renaud Wynants va s’attaquer très vite aux divers dossiers évoqués, au niveau communal et au niveau communautaire francophone. Et d’autres s’ajouteront bien vite sur le bureau sur lequel son prédécesseur a eu soin de faire place nette!

«Le souvenir des gendarmes qui m’accompagnaient à l’école»

L’arrivée de Renaud Wynants à la permanence de l’Action fouronnaise s’inscrit dans une tradition familiale inaugurée par son grand-père: Honoré Wynants a été secrétaire communal de Fouron-le-Comte puis bourgmestre de Fouron-Saint-Martin, deux fonctions dans lesquelles il s’est opposé au transfert des six villages fouronnais à la province de Limbourg, en 1963.

L’oncle de Renaud Wynants, Armel Wynants, a été pendant de longues années le commissaire d’arrondissement-adjoint des Fourons, et, à ce titre, a défendu les droits des citoyens fouronnais francophones. Mis à la pension d’office à 65 ans, il a été élu au conseil communal en 2018, où, par sa connaissance fine de la législation linguistique, il s’est fait plus d’une fois le contradicteur avisé du bourgmestre Voerbelangen, Huub Broers.

Quant au père de Renaud Wynants, 79 ans aujourd’hui, il a été au coeur d’une manœuvre ourdie, en octobre 1986, par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles-Ferdinand Nothomb, pour nommer bourgmestre hors conseil ce professeur de langue germanique au collège Saint-Hadelin de Visé, à la place de José Happart, proposé par la majorité francophone du conseil communal, et constamment rejeté pour méconnaissance du néerlandais.

Le 15 octobre, au bout d’une conversation d’une heure, Roger Wynants accepte la proposition. La nouvelle se répand assez rapidement, et le 16, alors que les échevins francophones se sont réunis, des agents de la Sûreté de l’État sont dépêchés à Fourons pour protéger notamment le domicile du bourgmestre pressenti.«Le souvenir que j’en ai, ce sont les gendarmes qui m’ont accompagné jusqu’à l’école» se souvient Renaud Wynants.

Le 17 octobre, le conseil communal se réunit aux aurores, et tous les échevins démissionnent, manière de permettre la réélection de José Happart comme premier échevin, faisant fonction de bourgmestre. À l’issue de la séance, quatre journalistes rencontrent Roger Wynants qui leur précise qu’il n’a accepté la fonction de bourgmestre qu’à la condition que la commune sorte de la province du Limbourg, soit la revendication de l’Action fouronnaise.

Charles-Ferdinand Nothomb, qui avait soumis à la signature royale un arrêté portant sa nomination au poste de bourgmestre, est obligé de démissionner. Le gouvernement reste en place. Il tombera plus tard… sur le problème fouronnais.

Un avis sur « À l’Action fouronnaise, Renaud Wynants travaille en voisin »

  1. J’aurais espéré que le nouveau directeur aurait su qu’il y a déjà des élèves néerlandophones dans leur école. Il aurait pu dire la vérité au lieu de faire semblant que leur perte d’élèves est due à un « transfert » dans une seule direction.

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